Interview de Michel BRAGA,

Camping-car : «On se sent mal aimés»

Aire de Narbonne — plage. Le séjour est limité volontairement. Il faut arriver tôt pour trouver un emplacement. Gros avantage, la mer est toute proche. A Gruissan, l'aire de Mateille affiche complet./Photos DDM/SD
Aire de Narbonne — plage. Le séjour est limité volontairement. Il faut arriver tôt pour trouver un emplacement. Gros avantage, la mer est toute proche. A Gruissan, l'aire de Mateille affiche complet./Photos DDM/SD

Interview  de Michel BRAGA, président du CCC SUD

Michel Braga, président du camping-car club sud le confirme. «Il y a un état d'esprit chez nous, c'est un art de vivre. Et confirme également le formidable engouement pour les voyages organisés en camping-car. Des roads trips soigneusement préparés à l'avance.

Ici, plus qu'ailleurs l'expression «c'était mieux avant» trouve tout son sens. Ceux qui ont sillonné l'Europe dans les années 70-80 racontent avec nostalgie ces temps plus libres, moins contraints. Mais le site «France Passion» a réconcilié deux France, celle des terroirs et celle des campings caristes, en proposant partout en France plus de 2000 étapes à la campagne, chez des agriculteurs, des viticulteurs… là, c'est sur, le bonheur est dans le pré.

 

Il y a plus de 350 000 camping-cars immatriculés en France, plus d'1,5 million en Europe. De plus en plus de vacanciers choisissent la formule «maison roulante» pour les loisirs puis l'adoptent à leur retraite. Une tendance qui a bouleversé la physionomie des stations balnéaires

Il est fini le temps où on pouvait se garer sur la «Promenade des Anglais» et y passer la nuit. Désormais toutes les villes ou presque ont leur aire d'accueil, manière de canaliser les flux migratoires qui déferlent à date régulière. Certaines communes jouent le jeu, d'autres pas, prenant le risque d'inventer des règlements illégaux pour interdire le stationnement, comme le souligne François Feuillet, président du syndicat professionnel des véhicules de loisirs : «Le problème fondamental, ce sont les interdictions de stationnement, elles se multiplient et elles sont illégales. Les associations luttent contre ces décisions, organisent des formations diffusent l'information auprès des communes». Et quand le stationnement n'est pas interdit, il peut être proposé loin de tout, à proximité d'une déchetterie, manière de dire aux camping-caristes «circulez, il n'y a rien à voir chez nous».

Pour les professionnels, tout l'enjeu réside désormais sur le maintien de l'esprit de liberté qui a porté et porte encore le marché.

Au mois de juin 2014 1889 camping-cars neufs et 5799 d'occasion ont été immatriculés. Pour l'année on compte 10 696 neufs et 26 913 d'occasion. L'occasion qui progresse pour cette période de près de 10 % quand le neuf stagne. Par comparaison, la vente de caravanes baisse de 24 % par rapport à l'année précédente. Ces chiffres traduisent la vitalité du secteur. Et toujours selon les statistiques, un camping-car est utilisé 75 nuits par an par son propriétaire.

Le gros mastodonte de plus de 7 mètres de long ne fait plus peur. Après quelques tours de roues, la prise en main s'avère facile et la conduite très souple. Si les retraités en sont toujours fans et constituent une cible majeure, ils séduisent désormais une nouvelle clientèle.

Entièrement équipés jusqu'au congélateur, ils sont, depuis peu, totalement connectés grâce aux antennes paraboliques qui permettent de capter toutes les chaînes de télévision et de surfer sur internet partout où l'on se trouve.

Et les constructeurs innovent sans cesse pour être toujours plus attractifs. Jusqu'aux efforts de peinture, exit le blanc, on en voit désormais des gris, des noirs des rouges.

Depuis peu également le marché de la location se développe. Des propriétaires (ou des sociétés) en possèdent plusieurs pour les louer, et des non-propriétaires choisissent cette formule moins contraignante.

Autre tendance forte, celles des «hirondelles» qui partent passer l'hiver au Maroc ou au Portugal. Des retraités qui traversent l'Espagne pour trouver un ciel plus clément pendant quelques mois.

Ils sont libres avec leur maison sur le dos

Tel un convoi de chenilles processionnaires, le ballet des camping-cars est désormais indissociable des vacances. Autoroutes ou réseau secondaire, ils affluent par milliers, voyageant au gré de la météo (souvent) ou selon les humeurs de leurs possesseurs (aussi). Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à sillonner la France. Un phénomène qui s'exporte partout en Europe et qui descend l'hiver vers le Maroc, telles les hirondelles qui viennent y chercher la chaleur et un coût de la vie plus amical.

Narbonne plage : les filles de l'office du tourisme indiquent sans problème l'aire de camping-car de la commune. Située à la sortie de la station, elle a une capacité d'accueil de 110 places. Et est souvent saturée. Les dernières pluies l'ont cependant vidée et les nouveaux arrivants font la queue à la barrière. Première étape, direction le bureau pour faire les formalités et payer le forfait. «Pas de problèmes pour stationner, vous vous mettez ou vous voulez» explique le préposé, sourire aux lèvres, après avoir fait une rapide description de l'endroit. Ici, la contrainte de deux jours sur place organise naturellement le turn-over.

Pour Caroline, 2 014 est l'année du baptême : c'est le premier été qu'elle a choisi la formule «maison sur le dos pour les vacances». Avec Sébastien son compagnon et leurs trois enfants, ils sont arrivés la veille. Mais pas de chance, «l'aire était complète, on a du se garer un peu plus loin sur un parking et y dormir. On est venu tôt ce matin pour trouver de la place» explique-t-elle avec bonne humeur.

À part ça ? «Eh bien, à part ça, c'est galère, poursuit-elle avec le sourire. On a acheté ce camping-car pour suivre Sébastien qui fait des rallyes. On s'est dit pourquoi pas en vacances».

Du coup, ce couple de Fumel (Lot-et-Garonne) sillonne le sud de la France avec son camping-car. «Hier, on était à Tarnos, mais vu le temps on a traversé pour arriver ici. Mais bon, c'est pas aussi simple qu'il n'y paraît… il faut d'abord s'armer de patience : j'ai téléchargé une appli pour trouver des aires. Mais quand même. Vous voulez un mauvais café ? Je plaisante….Et puis il y a des aires, franchement, où on voit qu'on n'est pas les bienvenus. Ici, c'est bien, on a la plage à côté. Mais premier conseil si vous faites du camping-car, prenez des vélos parce que vous vous retrouverez souvent loin des centres…»

Un peu plus loin, c'est l'heure du repas pour Philippe et Sylvie. Au menu, poulet, légumes et une bouteille de vin rosé, un vin d'ici. Petite table installée à l'ombre. Et la joie d'être au soleil, en vacances, à l'abri du vent pour ce couple originaire de la Sarthe. « On a commencé par le camping, puis on a acheté un camping-car qu'on a revendu pour acheter ce combi» explique Philippe. «L'avantage, c'est que ça se conduit mieux, ça passe partout et surtout sous les barres que de plus en plus de communes installent pour empêcher les camping-cars de se garer. Après, c'est quand même la liberté d'aller ou on veut, quand on veut».

Lui est retraité, elle non, et ça fait plus de dix ans qu'ils ont adopté la formule. Ils n'en changeraient pas pour rien au monde».

Un peu plus loin ils sont quatre, assis autour de la table. À l'abri du vent, bien détendus : «On est quatre et trois retraités devinez qui travaille», lance Yves. Nicole, Jean-Jacques et Isabelle viennent de Revel, sont prêts à repartir ou le destin les mènera : «On est libre, on fait ce qu'on veut. Et on suit la météo».

Formule illimitée.

Quelques kilomètres plus loin c'est Gruissan. Un panneau indique l'aire de Mateille (une des trois que compte la station balnéaire). Mauvaise nouvelle, la barrière est descendue avec un panneau rouge : complet ! A l'accueil, c'est une hôtesse au joli sourire qui explique le fonctionnement. «Ici, la durée de séjour est illimitée. Il faut payer, bien sûr, mais on peut stationner tout le temps que l'on veut».

D'un coup, l'aire qui peut recevoir 160 camping-cars est saturée. Et ça risque de durer tout l'été. Les candidats refoulés peuvent tenter leur chance sur les deux autres aires. Ou rouler encore et encore à la recherche de l'aire perdue…

Un peu plus au nord, «Gégé» (il vient de Cambrai), s'est arrêté à l'ombre des platanes qui ombragent la 113, après Castelnaudary. La soixantaine passée, il assume l'état de son véhicule, camping-car avachi de la fin des années 80, peinture marron-orange passée depuis longtemps : «Presque trente ans de bons et loyaux services, ça laisse des traces !» explique-t-il en faisant faire le tour d'une cabine un peu cabossée : «C'est vieillot mais depuis tout ce temps, je suis rentré dans mes frais : je ne prends que les routes secondaires pour pas payer les péages. Et cette liberté, ça va avec mon côté anar» poursuit le «Ch'ti» qui aime le sud. Qui avoue quand même d'une longue tirade, «que c'était mieux avant, qu'on n'était pas parqués comme des bêtes, klaxonnés par les voitures pressées, limite insultés quand on se gare sur un parking de supermarché… et que oui bien sûr, on prend plus de places que les autres… Mais il faut savoir rester philosophe et profiter : «Tiens c'est pas un bel endroit pour faire une sieste ici !» Il reprendra la route un peu plus tard, pour aller chercher, toujours un plus loin, son «p'tit coin de paradis».

Zoom

Le marché résiste à la crise et repart à la hausse

Président de l'Uni VDL, le syndicat des véhicules de loisirs, et PDG du groupe Trigano (plus gros constructeur de camping-car en Europe), François Feuillet analyse les données récentes du marché : «Globalement c'est un marché qui se porte bien , qui a connu tout de même la crise économique, mais qui repart. La majorité de la clientèle reste une clientèle de retraité, un groupe qui a pour l'instant mieux résisté à la crise que d'autres. Cela dit, nous avons eu pas mal de commandes retardées. On peut dire que le marché s'est également relancé grâce à l'occasion, qui est très dynamique : vous pouvez par exemple trouver un camping-car à environ 20 000 €.»

Aux premières loges de l'évolution des tendances, François Feuillet raconte le défi majeur des constructeurs : «Il s'agit de faire rentrer un maximum de choses dans un minimum d'espace. C'est pour cela que c'est un secteur ou l'inventivité et la créativité est assez remarquable. On a vu beaucoup d'innovations ces dernières années, en matière de confort, d'équipement et de sécurité. Dans les nouvelles tendances, on a vu apparaître la mode des grands lits, des salles de bains équipées».

Tendance confirmée chez Destinéa, à Toulouse. Gabriel est vendeur chez ce spécialiste reconnu de ces véhicules de loisirs. Et décode les tendances : «le marché a véritablement explosé en 1995 avec l'arrivée des produits italiens qui ont permis une nouvelle génération de camping-cars avec des entrées de prix accessible à tous. Aujourd'hui il n'y a pas que des retraités. On peut en avoir un neuf à 50 000 €. En général il y a quatre couchages et depuis 5 ans c'est le modèle profilé qui a la cote».

       LA DEPECHE DU MIDI                                  Sébastien Dubos

 


Réagir


CAPTCHA